Comme toutes les autres coopératives de producteurs  d’oignon organisées en son temps par le PADFA à l’Extrême-Nord (et au Nord), celle de Mozogo (arrondissement de Mayo-Moskota, Mokolo) s’est prise en main après le départ du Projet. Cependant, elle affiche certaines particularités, qui sont gérées par les  responsables pour un seul but : que les choses continuent d’avancer. C’est ce que détaille Abba ZAKARIA le PCA. Interview :

  • Où en est la coopérative de Mozogo aujourd’hui ?

« Il faut d’abord dire qu’il n’y a pas eu de rupture après le départ du PADFA. Nous avons continué à mener nos activités comme quand le Projet venait nous accompagner ici sur place. Pour la dernière campagne par exemple, on a bien bossé : sur l’hectare que  nous avons exploité, nous avons eu une récolte d’environ 120 sacs d’oignon: c’est vraiment bien. Une partie en est actuellement stockée au magasin, en attente du bon prix pour aller vendre. On nous parle encore de 20 000 FCFA le sac au marché aujourd’hui; mais nous savons bien qu’à partir du mois d’août ça va commencer à monter, pour culminer certainement à 40-45 000 dans la foulée. On n’est pas pressé »

  • Qu’en est-il du fonctionnement de la coopérative ?

« Là, franchement ça a été un peu compliqué. Nous avons rencontré certains problèmes ici, liés pour l’essentiel à la mentalité de nos membres, qui soit ne comprennent toujours pas bien ce qu’est même une coopérative, soit renâclent volontairement à se plier à ses exigences statutaires. Par exemple: le recouvrement attendu  sous forme de sacs d’oignon,  auprès de certains membres à qui nous avons fourni des engrais au début de la campagne, engrais achetés avec le fonds de roulement. Eh bien, beaucoup n’ont simplement pas réglé ce dû, juste  »comme ça »! 

La situation suivante illustre encore ce que nous nous efforçons de combattre ici à Mozogo: un de nos membres  ayant demandé et obtenu un prêt de 120 000 FCFA dans le cadre du warrantage, a carrément refusé de rembourser après la récolte et la vente de son oignon ! Dans son esprit, il a pensé que c’était « l’argent de l’État », donc bon à ‘’bouffer » sans conséquences, alors que c’était l’argent d’une banque ! On a fini par régler l’affaire après une plainte chez le sous-préfet, c’est tout dire !

Enfin, il y a cette tendance chez certains à vouloir s’accaparer des biens de la coopérative sous prétexte que n’appartenant à personne en particulier, ils sont à la disposition individuelle et exclusive du premier (courageux) venu !

Autant de problèmes que nous entendons soulever aujourd’hui même (13 juin 2019, NDLR), à l’occasion d’une importante réunion que j’ai convoquée à cet effet pour ramener tous les membres à la raison »

  • Le PADFA vous a fourni plein d’équipements. Qu’est-ce que vous en avez fait ?

« On s’est efforcé de les utiliser au mieux.  En  particulier les motopompes et les porte-tout nous sont toujours d’une grande utilité. On n’a cependant pas pu travailler longtemps avec l’ordinateur faute de courant, après avoir commencé un peu avec un groupe électrogène. Pour le tricycle aussi ça va aller : il est actuellement en panne, mais nous allons le retaper avec les sous de la prochaine vente »

  • Pour l’avenir, qu’attendez- vous d’une  possible 2ème phase du PADFA ?

« Nous souhaitons d’abord que le PADFA, avec son autorité, vienne nous aider à résoudre ce problème de manque de compréhension de l’idée coopérative et de ses contraintes. Par exemple avec une formation de rappel sur la vie sociale, en disant encore avec ses mots aux gens que la coopérative est bel et bien une entité officielle créée au titre de l’État, et que ses règles de fonctionnement s’imposent formellement et absolument à tous les membres sans considération d’ego!

 

 

 

Ensuite le PADFA nous a certes appuyé jusqu’à présent sur la filière oignon, avec les bons résultats que l’on sait. Mais maintenant nous souhaitons être accompagnés sur d’autres spéculations dont nous nous occupons ici à Mozogo : l’ail et le sésame, qui sont également potentiellement très rentables. 

Enfin, le magasin! Il nous en faut à tout prix un autre plus vaste, à défaut de plusieurs entrepôts, puisque celui qu’on nous a construit là est vraiment trop petit. Sur le papier on nous a dit qu’il avait une capacité de 220 t d’oignon, mais à l’usage il ne peut même pas prendre 100 t ! ».

 

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