D’habitude, les riziculteurs craignent comme la peste les mange-mil, oiseaux granivores qui dévastent leurs champs à peine les épis sortis. Mais une autre espèce de prédateur tente ces derniers temps de s’attaquer au riz hors- champ de la coopérative de Djalingo (arrondissement de Garoua 3eme, Nord) : il s’agit cette fois des « Mange-1000 », c’est-à-dire la police ! Lambadet Nasson, qui a vécu personnellement la situation, raconte : « À force de voir les cargaisons de riz passer dans les camions de nos clients, ils ont senti l’aubaine : ils ont décidé de les coincer sur la route, et de menacer les transporteurs de saisir les sacs de paddy au prétexte qu’ils seraient des Nigérians, et que le riz de chez nous n’est pas à vendre aux étrangers ! ».

Au départ, certains commerçants ont cédé par dépit et ont donné le bakchich pour emporter leur marchandise. Erreur ! Car comme dans chaque chantage, commencer à payer est le début d’un engrenage dont on ne sort plus. Les policiers alléchés par ce gombo facile ont tôt fait d’ériger ce racket en péage quotidien improvisé.

Le comble de l’affaire est qu’un commissaire est même allé à Djalingo exiger de la coopérative qu’elle paye une espèce de droit de sortie du riz chaque fois qu’un client important venait se ravitailler au magasin. Résultat de cette arnaque : les clients potentiels commençaient à hésiter, sinon même à aller faire leurs emplettes ailleurs, au grand dam de la coopérative : « Un stock de 300 sacs de paddy ne trouvait pas preneur depuis des semaines à cause de ces types. Or il y avait urgence à l’écouler : nous avions besoin d’argent frais pour commencer à préparer la prochaine campagne rizicole ».

Le PCA Lambadet Nasson a finalement, de guerre lasse, été obligé de se plaindre auprès des autorités locales, en l’occurrence le maire de Garoua 3eme, arrondissement dont dépend Djalingo. Excellente idée, car l’édile a immédiatement saisi les responsables régionaux de la police qui ont mis le holà aux agissements des flics véreux. Le riz de la coopérative va donc recommencer à se vendre normalement et à tout le monde.

Moralité de l’affaire : Djalingo a été victime de son dynamisme et c’est tout à l’honneur d’une coopérative qui se situe résolument dans le peloton de tête des groupes qui ne « dorment » pas !

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