Le CEP (Champ-école des producteurs) de Pitoa, situé à un jet de pierre de la ville, frappe le visiteur par l’impression de netteté et de rigueur qu’il dégage. Il faut imaginer un champ d’oignon taillé au cordeau, les sillons fleuris alignés au centimètre, sur un terreau noir bien gras malgré la sécheresse ambiante. Et juste à côté un autre champ, parfaitement délimité lui aussi quoique apparemment moins soigné. Ce n’est pas une exploitation d’oignon commune : il s’agit d’un système de vulgarisation directe des techniques de production original, que seul le PADFA a entrepris dans la région depuis 2013.

Le principe est simple : amener les producteurs à adopter des pratiques culturales efficientes, en suivant l’exemple  proposé par le CEP. Pour ce faire, à Pitoa on a mis côte-à-côte une parcelle d’oignon à gestion intégrée, utilisant toutes les techniques modernes (fréquences d’irrigation, techniques d’épandage des engrais, calendrier précis des interventions, traitement phytosanitaire etc.) et une autre où le paysan applique les méthodes traditionnelles. A la récolte, le paysan n’a  qu’à comparer lui-même : il voit bien de part et d’autre les rendements des parcelles, la qualité des oignons, le taux de pourriture de chacun des systèmes. Comme le dit Hamidou Falama, Technicien Spécialisé Oignon du PADFA dans la Benouè et responsable-animateur du CEP de Pitoa : « En termes de rendements, les chiffres sont éloquents : dans la plantation paysanne, ils ont déjà récolté leurs 53 sacs, alors que dans le CEP on est déjà à plus de 80, à superficie égale. Et même en termes de qualité, le CEP produit nettement mieux. Ce sont les techniques qui font la différence».

Pour la mise en place du CEP de Pitoa, le PADFA a fourni le petit matériel, les engrais et les semences des 2 parcelles.

Quid de l’adhésion des producteurs aux techniques démontrées dans le CEP : « Au fur et à mesure, pratiquement tous sont en train de changer de système ; par exemple ils ont abandonné la tradition de laisser croitre l’oignon dans les herbes, après avoir vu que la compétition des mauvaises herbes était préjudiciable au rendement, en comparant avec la propreté du CEP ».

Quand on lui pose la sempiternelle question de la pérennisation des acquis du champ-école des producteurs après la clôture du PADFA, M. Falama a une solution toute trouvée : « Je souhaite qu’avant la fin du PADFA, on arrive à transférer les compétences en matière de CEP à un grand nombre de personnels du Minader, chefs de postes et autres délégués d’arrondissement et AVZ qui sont dans les bassins de production pour perpétuer cette pratique dans leurs zones respectives. Imaginez que sur les 12 arrondissements de la Benouè, on n’a que les 2 CEP de Pitoa : difficile pour un producteur de Boula-Ibbi de venir jusqu’ici pour se former».

Falama a fait faire le tour du propriétaire du CEP à la Coordonnatrice Nationale du PADFA, en visite à Pitoa. Du champ lui-même à la plantation paysanne voisine, jusqu’à l’impressionnant amoncellement d’oignons fraichement récoltés conservés sous une bâche, rien ne lui a échappé. Il est certain que les préoccupations du TS quant à l’avenir du système ne sont pas tombées dans l’oreille d’une sourde.

 

 

 

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