S’il faut avaler la poussière des 3 km qui séparent Kontchi de Bambalo, le jeu en vaut franchement la chandelle. Dès qu’on aperçoit le champ, on est immédiatement époustouflé : comme dans un jardin verdoyant, les fleurs des plants d’oignons dodelinent leurs délicats panaches blancs jusqu’à l’horizon, sous le vent chaud du Septentrion ; les sillons sont magnifiques  de netteté ; il n’y a ici que propreté et régularité, comme si rien n’était laissé au hasard. Tout ce panorama semble indiquer une seule chose : on n’est pas dans un champ d’oignons ordinaire, fut-il particulièrement bien entretenu. Et c’est vrai : nous sommes dans le champ semencier de Bambalo, à une petite cinquantaine de km de Garoua vers Figuil, fameux dans toute la région.

La différence avec une exploitation quelconque est de taille, en dehors de celle qui saute aux yeux. Si dans un champ d’oignon de consommation le producteur peut faire ce qu’il veut (souvent même n’importe quoi !), ici puisqu’on produit de la semence, tout est strictement contrôlé, et des techniques précises sont mises en œuvre. D’ailleurs tout champ semencier comme celui-ci est déclaré au Minader, dont les contrôleurs viennent normalement vérifier certains paramètres avant de donner le OK du Ministère.

Le champ semencier de Bambalo est le fruit du partenariat entre le PADFA et le World Vegetable Center (dans le cadre du Projet AVRDC), avec pour objectif la multiplication des semences de qualité adaptées à l’environnement et produites localement, pour être mises la disposition de groupes de producteurs ciblés. Il est destiné à résoudre un problème crucial : imaginez qu’un kilo de semence importée va chercher dans les 40 000 FCFA! Nettement au-dessus des possibilités du producteur d’oignon lambda.

La mise en place du champ a obéi à un protocole sans fioritures, comme l’explique Chendjou Ronald, le responsable technique de Bambalo : « Notre intervention a d’abord consisté à sélectionner la variété d’oignon à multiplier. A l’issue du test de 8 variétés, le goudani a été retenu. C’est une variété locale parfaitement adaptée à la région. Ensuite le champ  proprement dit : isolement complet, il n’y a pas d’autres champs d’oignons à 1,5 km à la ronde  pour éviter toute contamination d’une autre variété ; cela assure la pureté,  l’homogénéité et la stabilité variétales ».

Sur le champ de Bambalo, M. Chenjou et un autre ingénieur travaillent avec 4 groupes de producteurs, mixtes suivant les recommandations du PADFA dans son approche genre : ils sont ici formés à toutes les techniques qu’on leur inculque directement par la pratique, de la pépinière à l’extraction en passant par la purification. Bonus pour ces élèves-producteurs membres de la coopérative de Tchontchi : la récolte finale leur est offerte, déjà conditionnée pour la vente.

Qu’en est-il de l’avenir du principe même de ces champs semenciers ? Le technicien est optimiste. « Nous avons créé plusieurs champs comme celui-ci dans la région, à Gazawa, Meskine et autres. Même si tout le monde ne pourra pas maîtriser la technique, parmi les 20 groupes qui travaillent avec nous il y en a sûrement qui vont continuer l’activité. N’oublions pas que c’est un business qui rapporte, un créneau porteur que beaucoup vont nécessairement occuper après le PADFA, en professionnels de la semence d’oignon ».

 

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